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77 - Graveur sur armes : une passion qui n'engendre pas la routine
Christine Lelièvre (© Nicolas Baret) Christine Lelièvre

Interview :

Graveur sur armes, Christine Lelièvre a remporté le 2 avril dernier la 1ère place du Grand Prix SEMA National. Ce prix encourage les professionnels de talent de la restauration-conservation, de la tradition et de la création contemporaine avec une sélection départementale, régionale, puis nationale.
Nous vous proposons à cette occasion de relire l'interview de Christine Lelièvre, publiée en janvier dernier.

Christine Lelièvre est graveur sur armes dans le Gâtinais depuis 2005. Ses clients sont principalement des particuliers chasseurs, des collectionneurs d'armes, mais aussi des restaurateurs et des armuriers. Christine Lelievre pratique la gravure au marteau et burin, la gravure en taille douce pour les sujets animaliers. Elle allie tradition dans l'exécution, en respectant les règles de l'Art de la gravure, et innovation, en proposant des ornements qui bousculent parfois les thèmes traditionnels de la gravure.

Christine Lelièvre a remporté le Grand Prix Départemental Sema 2008 "Métiers de la tradition" en Seine-et-Marne, organisé par la Chambre de métiers et de l'artisanat. Après cette étape départementale, elle concourt actuellement au niveau régional. Une victoire lui permettrait de défendre sa profession devant un jury national.

Christine Lelièvre

© Nicolas Baret

 Comment êtes-vous devenue graveur sur armes ?

J'ai suivi une formation de graveur sur matrice et poinçon à l'école Boulle pendant cinq ans mais je n'avais pas envie de me diriger dans cette spécialité.
Un jour j'ai entendu parler par hasard de gravure sur armes de chasse. Cela a aussitôt éveillé mon intérêt et j'ai eu envie d'en savoir plus. Je me suis renseignée sur cette activité, puis j'ai rencontré Pietro Sabatti, Maître graveur sur Armes, qui m'a fait découvrir tout cet univers fascinant. Le déclic s'est fait !
J'ai suivi une formation de trois ans en Belgique, dans une école d'armurerie à Liège, section gravure. De retour en France, la Sema m'a aidée en finançant un stage de 18 mois auprès d'un professionnel pour peaufiner mes acquis. Dix années de formation ont été nécessaires pour acquérir connaissances et savoir-faire.

 Vous vous êtes installée à votre compte tout de suite après ce dernier stage ?

Non, j'ai attendu cinq ans avant de me lancer. J'avais envie de le faire, mais j'hésitais. Je n'étais pas connue, je n'avais pas de clients... J'ai donc fait des petits boulots alimentaires pour subsister, mais au fond de moi je savais que je n'étais pas dans mon élément.

 Quel a été le déclic ?

Je m'ennuyais dans mon travail, la routine je ne la supportais plus. J'en avais vraiment assez de ne pas faire ce qui me plaisait. Alors je me suis lancée !

 Avez-vous bénéficié d'aides à la création ?

Je n'ai eu droit à rien, je ne remplissais pas les bons critères : je n'étais plus assez jeune, j'avais quitté mon emploi volontairement… Je n'ai pas pu bénéficier de l'ACCRE, l'exonération des cotisations sociales ; j'ai commencé à payer des charges sociales tout de suite.
Avec l'aide de mon entourage j'ai établi un budget prévisionnel nécessaire pour obtenir un prêt de la banque, et cela m'a permis de bien voir où j'allais.

 Trois ans après le début de votre activité, dans quel état d'esprit êtes vous ?

Je ne regrette vraiment pas d'avoir pris le risque de me lancer ! Il est vrai que mon activité est fluctuante (elle suit les saisons de chasse) et je dois donc parfois jongler avec la trésorerie.
Mais je ne saurais revenir en arrière ! Etre mon propre patron, avoir un contact direct avec le client qui me laisse carte blanche, créer de nouveaux dessins, étonner par la nouveauté de mes idées en création…Quelle agréable sensation de se réaliser au travers de sa passion qui n'engendre pas la routine !

 D'où viennent vos clients ?

Mon créneau est celui des chasseurs, collectionneurs, restaurateurs d'armes, armuriers, le particulier et je fais énormément de salons professionnels et d'expositions pour me faire connaître.
Ainsi, en France je participe au Salon de la chasse à Rambouillet - incontournable ! -, aux Journées du Patrimoine, aux Journées des métiers d'Art, à des Journées pédagogiques dans des établissements scolaires. J'ai exposé en 2008 au Carrousel du Louvre et au Grand Palais.         
Je me déplace aussi à l'étranger, je me suis déjà rendue au Musée des Arts Décoratifs à Moscou ; j'ai aussi fait des déplacements professionnels en Roumanie et en Espagne.
Je dois être sur le terrain, aller au devant des rencontres, rencontrer des rédacteurs pour paraître dans la presse, distribuer des cartes de visites…Tout cela demande beaucoup d'investissement personnel et financier. Cela me permet petit à petit de mailler mon réseau.

Christine Lelièvre - Modèle déposé

Modèle déposé

 Vous exercez un métier traditionnel. En tant que jeune femme, comment le vivez-vous ?

Je n'ai vraiment pas l'impression d'être une défricheuse. Mon métier est certes mal connu, mais il n'est pas amené à disparaitre, et la relève est bien présente. C'est un métier qui se féminise de plus en plus.
Actuellement je travaille seule. Dans le futur, pourquoi ne pas former quelqu'un ? Je ne me sens pas prête à le faire pour le moment. Il me reste encore beaucoup de choses à acquérir sur mon métier avant d'être en mesure d'enseigner.


Christine Lelièvre - Modèle déposé

Modèle déposé

 Vous avez remporté le Grand Prix départemental Sema en Seine-et-Marne. Vous concourrez au niveau régional. Que cela vous apporte-t-il ?

C'est très valorisant. Des professionnels des métiers d'art apportent leur regard sur mon travail : cela me permet de me situer dans l'environnement professionnel des métiers d'art.
Cela me permet aussi de faire connaitre mon métier, car ce type de travail sur métal est rare et reste peu connu.

 Quels conseils donneriez-vous à un créateur ?

D'abord, il faut être convaincu et croire profondément en soi. On a souvent des doutes, mais il ne faut pas les écouter !

Dans un métier comme le mien on apprend toujours. La qualité des supports à travailler doit être bonne pour obtenir un résultat qui ravira le client lorsque la gravure sera achevée, mais il ne faut pas attendre d'être arrivé au niveau des plus grands maîtres pour se lancer, sinon on ne démarre jamais !

Contacts :

 Christine Lelièvre, graveur sur armes

6 rue Hetzel - 77570 Château-Landon
Tél. : 01 64 78 21 58
E-mail : lelievre.graveur@orange.fr
Site internet : www.lelievre-graveur.fr

 Chambre de métiers et de l'artisanat Sud Seine et Marne 

Logo Chambre de Métiers Sud 77

4 avenue du Général Leclerc - 77000 Melun
Tél. : 01 64 10 61 70
E-mail : antenne.melun@cmasud77.fr
Site internet : www.cm-montereau.fr

 SEMA (Société d'encouragement aux métiers d'art)

Logo SEMA

23 avenue Daumesnil - 75012 Paris
Tél. : 01 55 78 85 85
E-mail : info@eurosema.com
Site internet : www.eurosema.com

08/04/2009

Conseil régional d'Ile-de-France
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